Portrait : je suis l’écriture

Bonjour. Je suis un moyen de communication universel, qui permet de convertir des mots, des phrases, en signes visuels. Je conserve le message dans le temps, de sorte qu’émetteur et récepteur ne sont pas nécessairement ensemble pour communiquer. Je suis une mémoire, plus fiable et plus durable que la mémoire du cerveau humain. Je viens de très loin, dans l’histoire de l’humanité ; c’est même avec moi que les êtres humains sont sortis de la préhistoire. Je suis l’écriture.

Les personnes qui ont planté la pointe de leur calame dans des tablettes d’argile ou qui ont sculpté les murs des temples d’Égypte pouvaient-elles imaginer que leurs gestes laisseraient des traces à travers 4 ou 5 millénaires et constitueraient des énigmes pour les chercheurs d’aujourd’hui ? Il a fallu du temps pour que le parchemin, puis le papier, remplacent la terre ou la pierre. Les premiers ouvrages étaient recopiés à la main, par des moines copistes. Ils ont pris la forme qu’on leur connaît aujourd’hui, avec des pages reliées par la tranche, il y a une quinzaine de siècles. La mémoire conservée par les ordinateurs n’est âgée que de quelques décennies. Durera-t-elle aussi longtemps ?

Dans la mythologie mésopotamienne, Nisaba est une déesse de premier rang du panthéon sumérien. Scribe des dieux, elle veille sur l’écriture et sur l’enseignement, comme Thot dans le panthéon égyptien.

Elle s’occupe au départ de tenir le compte des récoltes (d’où les épis de blé qui figurent sur les stèles qui la représentent). Son activité de comptable agricole s’élargit à d’autres sujets : suivi de l’ensemble des ressources, suivi des moyens disponibles… On dénombre les soldats, sans doute que les premiers recensements ne sont pas loin ?

Elle prend note aussi des exploits des rois sur les champs de bataille. Elle effectue donc un travail de mémoire, pour que ces derniers laissent leur nom dans l’Histoire.

Illustration de l'article sur Nisaba dans Wikipédia

Petite parenthèse – une fois n’est pas coutume – parlons d’actualité. Je suis reconnaissante d’entendre toutes les voix qui s’élèvent en ce moment pour prendre la défense de mon support favori, le livre. Qui porte son attention aux nouvelles du monde ces derniers temps entendra inévitablement des discours contradictoires, au nom de la liberté ou de la sécurité. Pour autant, défendre et soutenir la lecture apparaît unanimement comme une cause juste. Les libraires indépendants se font entendre pour faire reconnaître leur activité comme essentielle. Les supermarchés et hypermarchés cessent leur concurrence déloyale dans les rayons de livres. L’État prend en charge les frais d’expédition engagés par les librairies indépendantes, afin de lutter contre la concurrence déloyale des géants du net. Ouf, le livre n’est pas un objet en voie de disparition, quoi qu’en pensent les esprits chagrins qui prédisaient qu’il ne ferait pas le poids face à l’avènement du numérique.

La production de livres imprimés en France s’élève à plus de 82 000 titres en 2018, en progression par rapport à l’année précédente, d’après le service du livre et de la lecture du ministère de la Culture. La presse, tous titres confondus, diffuse plus de 9 millions d’exemplaires de journaux par jour en France en 2019, d’après l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias. Le secteur de l’autoédition est en pleine mutation et en plein essor, depuis que les maisons d’édition ne prennent plus que rarement la peine de répondre aux auteurs, toujours plus nombreux, qui leur envoient, pleins d’espoir, leur manuscrit.

Le livre, un objet merveilleux

Maîtriser la lecture et l’écriture fait partie des grands apprentissages de la vie, une étape essentielle pour tous les enfants, quand ils rentrent à la « grande » école. Difficile d’imaginer aujourd’hui comment se passer de moi. Je représente le premier moyen de stockage de l’information. Je suis l’outil de conservation et de transmission de la connaissance. À moi seule, je couvre un large spectre d’écrits, du pense-bête ou la liste de courses au chef-d’œuvre de la littérature, en passant par la lettre d’amour. Cette dernière, qu’elle soit écrite à la plume ou envoyée par courriel, appartient à une catégorie particulièrement chère à mon cœur, puisque rien n’est plus essentiel que l’amour !

S’adonner à ma pratique est une activité à la fois exigeante et gratifiante. Trouver le mot juste, la formule percutante, ce n’est pas toujours facile. Cela demande de la patience et de la persévérance. À d’autres moments, lorsque l’inspiration est là, les phrases s’enchaînent les unes aux autres de façon fluide et évidente. Le stylo glisse sur le papier ou les doigts volent sur le clavier.

Écrire pour être lu

Pratiquée en solitaire, je suis un bel exercice d’introspection et de connaissance de soi. Un journal intime est un précieux compagnon de vie. Je prends cependant ma pleine mesure dans une relation entre auteur et lecteur. Écrire est de nos jours à la portée du plus grand nombre, mais tout le monde n’a pas le talent pour être un grand écrivain. Passer de la pensée qui s’élabore dans l’esprit au texte construit demande une capacité d’abstraction, privilège du cerveau humain. Au travers des mots, des phrases, je peux transmettre des informations objectives, mais aussi procurer des émotions et nourrir l’imagination. Est un cœur de pierre celui qui n’a jamais été touché par la beauté d’un texte poétique.

Je vais main dans la main avec la lecture, qui m’évoque l’odeur d’encre des ouvrages juste sortis de l’imprimerie et le parfum légèrement poussiéreux des bibliothèques. J’imagine une douce soirée, confortablement blottie, au chaud sous un plaid ou une couette, un roman passionnant entre les mains. Un de ceux qu’il est impossible de lâcher, un « page-turner » comme on le dit en bon franglais, tant on a envie de connaître la suite et qui laisse, une fois terminé, une impression d’abandon, mêlant soulagement et nostalgie. Quoi ? Déjà fini ?

Photo by Sergiu Vălenaș on Unsplash

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